Guerre en Ukraine : le savant numéro d'équilibriste de Joe Biden


Pour le commun des mortels, le distinguo est assez subtil. Les Etats-Unis ont annoncé mi-mars qu'ils allaient livrer à l'Ukraine de nouveaux équipements militaires, mais uniquement des armes "défensives", pas "offensives". En clair, l'Amérique n'envoie ni bombardiers, ni tanks qui seraient vus comme une déclaration de guerre par le Kremlin. Elle lui fournit en revanche des drones et des batteries antimissile qui ont pourtant une fonction similaire : l'anéantissement des véhicules blindés et de l'aviation russes. 

Depuis le début de l'invasion, le président américain exécute un savant numéro d'équilibriste. Lui qui à son arrivée au pouvoir avait promis de protéger la démocratie, de renforcer les alliances et de redonner au pays son rôle de leader mondial, s'est engagé à défendre l'Ukraine. Il est resté marqué, alors qu'il était vice-président, par la réaction tardive et sans grand impact des Etats-Unis après l'annexion de la Crimée par les Russes en 2014.  

"Pour moi, il mérite des félicitations pour avoir su coordonner les alliés et imposer des sanctions les plus dures possible, affirme Angela Stent, spécialiste de la Russie au think tank Brookings Institution. Ça a été bien planifié. L'administration a tiré les leçons du retrait chaotique de l'Afghanistan." Joe Biden s'est concentré sur trois axes : fournir des milliards de dollars d'assistance militaire à l'Ukraine, contrer Moscou avec des sanctions économiques sans précédent et redynamiser l'Otan. Tout cela en évitant l'escalade et un face-à-face avec Vladimir Poutine. 

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Jusqu'ici, il a réussi à rassembler derrière lui le Congrès et l'opinion publique, une union sacrée inédite depuis les attentats du 11-Septembre. La plupart des républicains le soutiennent. Ce qui ne les empêche pas de l'accuser d'être trop "faiblard". Certains cependant, et pas seulement chez les conservateurs, estiment que l'Europe et les Etats Unis sont trop timorés et poussent à davantage d'interventionnisme, sans toutefois prôner l'envoi de GI's en Ukraine.  

"Poutine ne va pas risquer une bataille avec l'Otan"

Michael McFaul, ex-ambassadeur en Russie sous Barack Obama, dans une tribune au Washington Post, appelle à "plus d'armes, plus de sanctions". Pour lui, le risque de représailles nucléaires est "une très faible probabilité." Compte tenu des piètres performances de son armée, Poutine ne va pas risquer une bataille avec l'Otan. "Il est peut-être hargneux et dérangé mais il n'est pas suicidaire", ajoute-t-il.  

Eliot Cohen, un ex-faucon de l'administration Bush déplore, lui, dans le magazine The Atlantic"l'hésitation déchirante de Biden". Il appelle au transfert des MiG polonais à Kiev - ce que la Maison-Blanche a refusé par peur de provoquer les Russes - tout en reconnaissant que l'on ne sait pas si les Ukrainiens savent "les manoeuvrer avec succès". "Parfois, dans une guerre, on fait des choses pour faire passer un message et doper le moral même si elles ne sont pas optimales sur le plan militaire", écrit-il. Les leaders occidentaux, selon lui, feraient mieux de clamer que toutes les options sont sur la table plutôt que de ne parler que de leur crainte de l'escalade. 

Le numéro de funambule de Joe Biden devient de plus en plus acrobatique à mesure que Moscou pratique la tactique de la terre brûlée. "Il va être difficile de maintenir l'équilibre alors que le conflit s'éternise. Le président va subir des pressions aux Etats-Unis pour s'impliquer davantage et va avoir du mal à maintenir l'unité des alliés", reprend Angela Stent. 

"Il n'y a pas malheureusement de solution miracle"

D'où ce sommet de l'Otan organisé dans l'urgence à la demande de Biden. Que va-t-il en sortir ? Les Etats-Unis semblent toujours hostiles à l'idée d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine qui obligerait l'Otan à une confrontation avec les avions russes. La proposition polonaise de fournir à l'Ukraine des MiG ne semble pas non plus à l'ordre du jour. Les alliés devraient annoncer "une nouvelle phase" d'assistance militaire, un durcissement des sanctions économiques notamment contre plus de 300 membres de la Douma, et un renforcement de la défense des pays de l'Otan. Mais le sommet semble surtout destiné à montrer un front uni et à "envoyer le message fort que nous sommes préparés et impliqués aussi longtemps qu'il le faudra", a déclaré Jake Sullivan, le Conseiller à la Sécurité nationale de Joe Biden. 

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Ce dernier répète que les Etats-Unis "défendront le moindre pouce de territoire de l'Otan". Mais jusqu'où est-il prêt à aller en cas par exemple d'attaque chimique ? Jake Sullivan a affirmé qu'il y aurait des "conséquences" pour le Kremlin. "Il n'y a pas malheureusement de solution miracle pour mettre un terme à cette terrible guerre, écrit le chercheur de l'Eurasia Group Foundation Michael Cohen dans un éditorial du site de la chaîne MSNBC. A moins, ajoute-t-il, que les Etats-Unis ne se décident à envoyer des dizaines de milliers de troupes en Ukraine. Et encore, ce n'est pas une garantie de succès". En témoignent le Vietnam, l'Irak, l'Afghanistan. 

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