Guerre en Ukraine : « Les oligarques pourraient tirer parti des sanctions financières


Chronique. Le 1er mars, la Russie a annoncé interdire aux étrangers de vendre les titres de la dette publique interne russe (en roubles) qu'ils détiennent, et cesser de leur verser les intérêts sur cette dette. Cette mesure de rétorsion envers l'isolement financier mis en place par les pays occidentaux n'équivaut pas encore à un défaut souverain, qui supposerait une cessation de paiements sur la dette extérieure en devises. Néanmoins, elle contribue à isoler le pays, et confirme le choix d'un contrôle des changes sévère destiné à contrebalancer l'impact financier des sanctions.

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D'apparence macroéconomique et géopolitique, cette mesure peut aussi s'expliquer par des intérêts privés. A la suite de cette annonce, les cours de la dette russe se sont effondrés à la Bourse de Londres bien plus qu'en Russie. Il est probable que, comme il est coutumier en Russie depuis des années, les oligarques soient en mesure de tirer parti de cette situation, qui risque en revanche d'appauvrir sévèrement de nombreux épargnants russes ou étrangers.

Dans des situations de contrôle des changes, l'Etat choisit qui a accès aux devises ; et dans des situations de corruption massive, les personnes bien introduites peuvent en profiter pour faire des gains élevés en arbitrant entre des places financières séparées de fait par le contrôle imposé.

C'est ce qui s'est passé lors de l'établissement du contrôle des changes au début des années 1930 en Allemagne (« Foreign debt, capital controls, and secondary markets : theory and evidence from Nazi Germany », Andrea Papadia et Claudio Schioppa, Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung, 2020). L'Allemagne est alors lourdement endettée : non seulement les réparations exigées par le traité de Versailles imposent encore des paiements élevés (malgré leur forte réduction par le plan Young en 1929), mais la dette privée est devenue considérable dans les années 1920. L'ensemble pèse plus de 100 % du produit national brut en 1930. La crise financière frappe l'Allemagne à la fois du fait de cet endettement excessif et des fuites de capitaux organisées par les élites allemandes. Elle conduit à l'instauration d'un strict contrôle des changes à partir de l'été 1931.

Dès lors, le prix des obligations allemandes (publiques ou privées) varie fortement entre Londres ou New York d'un côté, Berlin de l'autre. Cet écart permet à des spéculateurs bien introduits (ou dotés d'un patrimoine à l'étranger) de racheter d'un côté et de revendre de l'autre avec un profit aussi élevé que sûr. Ces opérations ne sont possibles qu'aux Allemands capables d'accéder aux devises nécessaires, à l'encontre des règles officielles du contrôle des changes.

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