06h00 , le 16 mars 2022
Xi Jinping rencontre Vladimir Poutine à Moscou, en juin 2019. (Reuters)
Près de trois semaines après le début de l'invasion russe en Ukraine , les regards se tournent désormais vers la Chine . Selon les informations du New York Times, Moscou aurait demandé à son voisin une aide économique et militaire pour l'emporter. Une position « profondément préoccupante » dénoncée par les Etats-Unis qui déplore « l'alignement » des deux pays dans ce conflit. Du côté de Pékin, l'information, a rapidement été démentie « Ces derniers temps, les États-Unis propagent de fausses nouvelles à l'encontre de la Chine », a dénoncé un porte-parole de la diplomatie chinoise.
« On ne sait pas ce que la Russie a demandé précisément et on ne sait pas ce que la Chine a répondu », nuance auprès du JDD Marc Julienne, responsable des activités Chine de l'Institut français des relations internationales (Ifri), qui appelle à prendre ces informations avec précaution. « Je trouve peu crédible que la Chine transfère des équipements militaires, encore moins de l'armement létal, poursuit le chercheur. Ce serait un changement de stratégie du tout au tout. »
« Fausse neutralité »En effet, depuis le début du conflit, Pékin cultive une « neutralité de façade ». Elle appelle notamment la Russie et l'Ukraine à la retenue et assure respecter les intérêts de chaque partie, la souveraineté des Etats et la charte de l'ONU. « La Chine n'est pas partie prenante à la crise », a même assuré le ministre des Affaires étrangères Wang Yi. Au Conseil de sécurité des Nations unies, Pékin s'est même abstenu dans le vote du projet de résolution qui demandait à la Russie le retrait de ses troupes .
Mais derrière le discours officiel, « tout ce que fait la Chine vient en soutien à Moscou, rappelle le chercheur. Pékin reprend mot pour mot le narratif du Kremlin, en parlant notamment 'd'opérations militaires spéciales' plutôt que d'invasion ou en reprenant l'argumentaire sur les armes biologiques américaines basées en Ukraine par exemple ». Elle n'a pas non plus joué de sa position d'apparente neutralité pour accueillir des discussions entre les représentants ukrainiens et russes et débuter un rôle de médiation, malgré les appels des Occidentaux en ce sens.
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Maintenant que des intérêts économiques sont en jeu, la Chine va plus que modérer son implication dans la crise
"Ce soutien n'est pas étonnant, au vu de la proximité affichée entre les deux pays, qui mettent en scène une « amitié sans limite » et « solide comme le roc », comme lors des Jeux olympiques d'hiver de Pékin, début février. « Les deux pays sont alignés stratégiquement dans leur opposition aux démocraties libérales occidentales », souligne Marc Julienne.
Espérant des gains politiques, Xi Jinping avait certainement misé sur une victoire rapide de Vladimir Poutine au début de l'invasion et sur l'installation d'un régime pro-russe en Ukraine. Mais la donne pourrait avoir changé car le conflit s'enlise et les sanctions économiques prises contre la Russie se renforcent. « Maintenant que ses intérêts économiques sont en jeu, la Chine va plus que modérer son implication dans la crise et conserver cette position de neutralité », abonde Marc Julienne.
Un contexte intérieur sensibleLe maintien de cette posture, plutôt qu'un soutien clair à Moscou, peut s'expliquer par un contexte politique intérieur sensible en cette année 2022. Plusieurs raisons s'entremêlent, décrypte le chercheur de l'Ifri. A l'automne, le 20e congrès du Parti communiste chinois devrait reconduire le président Xi Jinping pour un troisième mandat . Une première depuis Mao qui, même si toutes les dispositions ont été prises, doit encore être officiellement validée. La stabilité reste donc de mise pour les autorités en place.
Sur le front sanitaire, la Chine fait également face à une reprise épidémique. Près de 30 millions de personnes sont à nouveau confinées, perturbant de nombreuses industries et entreprises. Le tout dans un contexte économique maussade, marqué par un ralentissement de croissance depuis plusieurs années. Exemple d'une certaine fragilité, indique l'AFP, le taux de chômage (calculé en Chine uniquement pour les zones urbaines) a bondi au cours des deux premiers mois de l'année à 5,5 %, contre 5,1 % en décembre. Et la guerre en Ukraine pourrait également peser en raison de l'augmentation des prix de l'énergie ou des matières premières.
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La Chine n'a donc pas intérêt à rompre son apparente neutralité et prendre le risque de s'exposer à des sanctions internationales, notamment avec l'Union européenne qui représente son premier partenaire commercial. D'autant que les Etats-Unis ont clairement fait passer le message lundi, à l'occasion de la rencontre entre diplomates chinois et américains à Rome. « Nous regardons de très près dans quelle mesure la Chine ou tout autre pays fournit une assistance à la Russie, que ce soit une assistance matérielle, économique ou financière, a affirmé le porte-parole du département d'État américain, Ned Price. Nous avons fait savoir très clairement à Pékin que nous ne resterions pas sans rien faire. Nous ne laisserons aucun pays compenser les pertes subies par la Russie ».
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