En à peine quelques heures, la scène a déjà fait le tour du monde. Une femme a bousculé lundi soir le journal télévisé le plus regardé de Russie, en débarquant sur son plateau, une pancarte à la main. Aussi furtif soit-il, son message se voulait clair : « Non à la guerre. Ne croyez pas la propagande. On vous ment, ici ».
Face à une présentatrice imperturbable, Marina Ovsiannikova, a surgi, le regard fixe, condamnant l'offensive militaire en Ukraine, une scène rarissime dans un pays où l'information est strictement contrôlée. Cette dernière pourrait être poursuivie pour avoir « discrédité l'utilisation des forces armées russes » et risque jusqu'à 15 ans de prison, selon la nouvelle législation dans le pays.
Cette citoyenne russe, arrêtée quelques minutes après son action, n'a pourtant pas le profil d'une opposante au pouvoir. Loin de là. Journaliste de profession, Marina Ovsiannikova a rapporté fidèlement et pendant des années, la politique menée par le Kremlin.
Après un diplôme obtenu à l'Académie russe de l'économie nationale de Moscou, la jeune femme fait carrière à la télévision. Depuis quelques années, elle est employée pour Pervy Kanal (Channel One), la principale chaîne nationale du pays. Un travail qu'elle affirme aujourd'hui regretter.
« J'ai relayé la propagande du Kremlin »« Malheureusement, ces dernières années, je travaille pour Channel One. J'ai relayé la propagande du Kremlin et j'en ai vraiment honte : honte d'avoir laissé raconter des mensonges sur les écrans de télévision. Honte d'avoir permis la zombification du peuple russe. Aller manifester. N'ayez peur de rien. Ils ne peuvent pas tous nous emprisonner », a-t-elle défendu dans une vidéo pré-enregistrée publiée sur les réseaux sociaux, pour justifier son action en direct.
Dans cette même séquence, la journaliste de 44 ans s'empresse de raconter pourquoi cette guerre la touche si intimement. Son histoire familiale n'y est pas étrangère : « Mon père est ukrainien ma mère est russe, et ils n'ont jamais été ennemis », souffle-t-elle. « Notre peuple fraternel peut encore faire la paix », poursuit-elle.
« Une héroïne »Son irruption à la télévision lui a valu une pluie de louanges et de soutiens du monde entier. Sa page Facebook, en accès libre, abonde de posts d'internautes la décrivant comme une « héroïne » moderne, au « courage exemplaire ». Preuve de sa soudaine notoriété, sa photo de profil, ornée d'une hirondelle, symbole de la paix, compte désormais plus de 95 000 likes.
Sur cette même page, la journaliste et mère de famille se décrit comme productrice télé, mais aussi une sportive hors pair, coureuse infatigable et « star de la natation ». Elle aurait fréquenté les bassins dès son plus jeune âge, avant de poursuivre sa passion en explorant la Volga en Russie et le détroit du Bosphore, près de la Turquie, selon son compte Instagram. Marina Ovsiannikova apparaît encore comme une passionnée de voyage, ayant traversé, l'Italie, la France, l'Autriche ou encore l'Argentine.
Difficile d'imaginer, après cet incident, que la vie de cette femme puisse se poursuivre, sans conséquences. Depuis son intervention à la télévision, les appels pour la protéger de la répression russe se multiplient. Léonid Volkov, un proche de l'opposant Alexeï Navalny, a indiqué sur Twitter que son mouvement était même « prêt à payer toute amende » qui serait infligée à la journaliste, ainsi qu'à tout « autre employé de la chaîne qui ferait de même ».
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