En Ukraine, ces volontaires français qui se battent pour la démocratie


Le retour est difficile. Engagé volontairement dans la Légion internationale pour la défense territoriale de l'Ukraine, Luc (le prénom a été modifié) est finalement rentré chez lui quelques jours plus tard, après avoir frôlé la mort. Dans la nuit du 13 au 14 mars, la base militaire de Yavoriv dans laquelle il venait de commencer son entraînement a été bombardée par des frappes russes.  

Depuis, le trentenaire doit faire face à un quotidien "où tout est différent". Son épouse ne lui pardonne pas vraiment d'avoir mis sa vie en péril pour un pays qu'il ne connaît pas, et certains de ses proches ne comprennent pas son engagement. Pourtant, cet ancien pompier, qui a travaillé pendant cinq ans pour l'armée française, l'affirme haut et fort, "ça valait le coup" : "Je suis allé me battre pour nos valeurs de liberté et de fraternité, et j'en suis fier. Le discours selon lequel cette guerre n'est pas la nôtre n'était pas entendable pour moi", estime-t-il, évoquant son "sens du devoir". "Il y a ce principe de démocratie que je voulais défendre. Et, à ce titre, je n'ai aucun regret", conclut l'ancien militaire. 

Comme lui, certains Français ont mis entre parenthèses leur vie professionnelle et familiale pour s'engager sur le territoire ukrainien. "C'est avant tout un engagement intellectuel et politique", analyse Florent Coury, l'un des premiers Français à avoir rejoint la Légion géorgienne, qui combat en Ukraine. En quelques semaines, cet ancien DRH d'une usine Renault est devenu le responsable de la sélection des volontaires occidentaux de ce bataillon et assure, lui aussi, ne pas regretter ce choix. "Il faut rétablir les faits, pouvoir témoigner en étant sur place et dire : 'Voilà ce que c'est de se battre réellement pour la liberté et la démocratie'", fait-il valoir, heurté par la remise en question de certains Français de leur propre modèle démocratique.  

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"Quand j'entends des 'Macron assassin !' ou des 'passeport vaccinal = dictature', je suis obligé de rappeler que tout ne se vaut pas", plaide le Français. Surtout, Florent Coury souhaite raconter l'histoire de ces étrangers "qui partent au front et ne reviendront peut-être pas, dans le seul but d'arrêter la Russie". "Si on accepte cette guerre sans bouger, c'est une ligne rouge qui est franchie. Il y a une limite que je ne pouvais pas laisser passer", ajoute-t-il, prêt à accepter le "revers de la médaille". "Certains membres de ma famille ne comprennent pas, c'est très compliqué. Mais moi, je sais pourquoi je me bats." 

"Ça vaut le coup"

Un engagement sans limite qui impressionne Olivier Védrine, rédacteur en chef du journal d'opposition russe Russian Monitor. Cet ancien professeur à l'université de Kiev ne se dit néanmoins pas surpris par un tel engouement. "Ce qui se joue aujourd'hui en Ukraine, c'est l'avenir de l'Europe. Si ce pays tombe, les valeurs européennes tombent avec lui : il fallait peut-être ce choc pour créer un véritable engagement pour nos démocraties", analyse-t-il. Sans forcément prendre les armes, certains Français font d'ailleurs part de leur "déclic" face à l'invasion russe en Ukraine. "Je ne pouvais pas rester les bras croisés", souffle ainsi Frédéric Herrmann.  

Cet ancien militaire, désormais sapeur-pompier en Alsace, a monté en une dizaine de jours un collectif de 14 médecins prêts à partir pour l'Ukraine, afin de livrer des médicaments et mettre en place un hôpital mobile destiné aux blessés de guerre. Lors de son premier voyage, l'équipe a déjà délivré 1,4 tonne de matériel médical à l'hôpital militaire de Lviv, dans l'ouest du pays. Mais, déjà, Frédéric voit plus loin, et se dit prêt à aller "plus en profondeur dans les terres" lors de sa prochaine livraison - malgré les risques. "Ça vaut le coup. On ne le fait pas pour nous, mais pour quelque chose de plus grand : ce qu'on défend, c'est l'humain, la liberté, la démocratie", indique le sapeur-pompier, qui a déjà sacrifié ses vacances et investi plusieurs centaines d'euros dans son projet. 

"En tant qu'élus, il nous semblait important de réagir", complète Naïma Sifer, secrétaire générale de l'Association des élus de France (AEF). En quinze jours, son organisme a mis en place une délégation de plusieurs élus locaux prêts à partir en Ukraine pour y livrer 6 tonnes de matériel humanitaire, organiser des événements culturels dans les camps de réfugiés et signer une convention de coopération avec la ville de Polyana, située dans l'ouest de l'Ukraine.  

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"C'est un geste d'une grande portée symbolique", fait valoir la délégation depuis son "bus pour la paix", en route pour la frontière ukrainienne. "Ce qui nous touche, c'est que les libertés des Ukrainiens soient bousculées et compromises. À partir du moment où ces droits sont touchés, il était nécessaire de s'investir", indique Naïma Sifer, qui affirme vouloir s'engager "pour le long terme" avec la ville de Polyana. "Au fond, c'est la démocratie que nous défendons. Nous ne pouvions pas rester impuissants." 

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