Stringer . via ReutersBoutcha, le 1er avril 2022.
GUERRE EN UKRAINE - Alors que l'Ukraine a annoncé avoir repris le contrôle de la totalité de la région de Kiev aux troupes russes, des récits et des images témoignent, depuis ce samedi 2 avril, de l'horreur de l'occupation dans la ville de Boutcha, au nord-ouest de la capitale ukrainienne.
Sur Facebook, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé ce dimanche les Russes en se repliant "d'eux-mêmes" ou après des combats d'avoir laissé derrière eux "un désastre total et de nombreux dangers". "Les bombardements peuvent se poursuivre", a-t-il mis en garde, accusant aussi les militaires russes de "miner les territoires qu'ils quittent, des maisons, des munitions et même des cadavres".
300 personnes enterrées dans des fosses communesÀ Boutcha, un journaliste de l'AFP a constaté samedi les corps d'une vingtaine d'hommes - dont l'un présentait une large blessure à la tête - gisant dans une rue, éparpillés sur plusieurs centaines de mètres. L'un des hommes avait les mains liées dans le dos avec un morceau de tissu blanc, un passeport ukrainien ouvert posé sur le sol à côté, rapporte l'agence.
Seize de la vingtaine de cadavres étaient allongés sur le trottoir ou sur le bord du trottoir, a décrit l'AFP samedi. Trois étaient au milieu de la chaussée et un autre dans la cour d'une maison. Un autre était à côté d'une voiture abandonnée, et deux autres encore gisaient près de bicyclettes - l'un, gants orange et cagoule noire, était couché sur le flanc avec son vélo sur lui, comme s'il était tombé et ne pouvait pas se relever.
Dans cette ville, près de 300 personnes ont été enterrées "dans des fosses communes" a assuré à l'AFP Anatoly Fedorouk, le maire de la ville, qui a indiqué que "toutes ces personnes ont été abattues, tuées d'une balle à l'arrière de la tête".
"Dans certaines rues, on voit 15 à 20 cadavres sur le sol" mais "je ne peux pas dire combien il y en a encore dans des cours, derrière les palissades", a poursuivi le maire. Plusieurs personnes retrouvées mortes ont les mains attachées par une bande de tissu blanche, utilisée pour montrer qu'elles n'avaient pas d'armes, a encore raconté Anatoly Fedorouk.
Les civils "effrayés" et "choqués"Selon le témoignage d'un aumônier à Franceinfo "beaucoup de ces corps ont été minés par les Russes". "Il y a aussi des hommes avec les mains attachées, on leur a tiré dans la nuque", a-t-il ajouté.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba a dénoncé dimanche que "le massacre de Boutcha était délibéré". "Les Russes veulent éliminer autant d'Ukrainiens qu'ils le peuvent. Nous devons les arrêter et les mettre dehors. J'exige de nouvelles sanctions dévastatrices du G7 MAINTENANT", a-t-il poursuivi sur Twitter, dans une publication accompagnée d'images de cadavres.
La ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss s'est dite, sur Twitter, "horrifiée par les atrocités à Boutcha et d'autres villes". Les informations rapportées sur "les forces russes visant des civils innocents sont abjectes. Le Royaume-Uni travaille avec d'autres pays pour rassembler des preuves et soutenir l'enquête sur les crimes de guerre" menée par la Cour pénale internationale, a-t-elle ajouté.
En mentionnant le hashtag "#BuchaMassacre", le président du Conseil européen Charles Michel s'est, de son côté, dit "choqué par les images terrifiantes des atrocités commises par l'armée russe dans la région libérée de Kiev". "L'UE aide l'Ukraine et des ONG à rassembler les preuves nécessaires pour des poursuites devant les cours internationales, a-t-il tweeté. Plus de sanctions et d'aide de l'UE sont en chemin."
Des trous béants provoqués par des obus dans des immeubles d'habitation et de nombreuses carcasses de voitures sont visibles dans la ville de Boutcha. Les forces ukrainiennes n'ont pu complètement y pénétrer qu'il y a un ou deux jours. La ville était inaccessible depuis près d'un mois et privée de toute aide. Elles ont commencé samedi leurs premières livraisons de produits de première nécessité, répondant à l'urgence.
Les habitants de Boutcha sont "encore très effrayés, encore choqués", a observé Yuriy Biriukov, un membre de l'équipe volontaire de défense territoriale de l'Ukraine qui supervise l'opération d'aide, interrogé par l'AFP. Pour lui, "les civils ordinaires ne peuvent même pas imaginer les conditions dans lesquelles ils ont vécu pendant ce mois, avec l'artillerie, sans approvisionnement, sans aucune possibilité de sortir".
Boutcha et la ville voisine d'Irpin, rendues méconnaissables par les bombardements, ont été le théâtre de certains des combats les plus féroces depuis que la Russie a attaqué l'Ukraine le 24 février, quand les soldats russes tentaient alors d'encercler Kiev.
À voir également sur Le HuffPost: La guerre en Ukraine et ses terribles conséquences sur la santé des enfants
0 Comments