Publié le 21 avr. 2022 à 12:11Mis à jour le 21 avr. 2022 à 12:12
Vladimir Poutine continue d'étoffer son arsenal militaire. Mercredi, le président russe a salué le succès du premier tir d'essai de son dernier missile balistique intercontinental baptisé Sarmat. Une arme « invincible », selon le Kremlin, qui symbolise la modernisation de son arsenal nucléaire. Et qui suscite l'inquiétude côté occidental. Explications.
En quoi le missile Sarmat est-il différent des autres ?Le « RS-28 Sarmart », de son nom complet, est un missile balistique intercontinental avancé de cinquième génération, développé à partir de 2009 par le Bureau d'études Makeyev. Il porte le nom d'un peuple nomade ayant vécu pendant l'Antiquité autour de la mer Noire, entre la Russie et l'Ukraine actuelles.
Sarmat se veut plus performant que son prédécesseur, le missile R-36 Voïevoda, d'une portée de 11.000 km, rebaptisé « Satan » par les experts de l'Otan. Logiquement surnommé « Satan 2 », Sarmat n'a « pratiquement pas de limites en matière de portée » et est capable de « viser des cibles en traversant le pôle Nord comme le pôle Sud », se vantait Vladimir Poutine en 2019.
La dangerosité de Sarmat 2 repose surtout dans sa capacité à déjouer tous les systèmes anti-aériens modernes. Ce qui en fait une arme « sans équivalent » à ce jour, selon le président russe. Cette caractéristique est d'autant plus inquiétante que ce missile de plus de 200 tonnes est capable d'embarquer 10 ogives nucléaires. « Le RS-28 Sarmart/SS-X-30/Satan II ne peut pas détruire toute vie sur Terre », expliquait en mars dernier à l'AFP Guy Martin, spécialiste de la défense et de la sécurité. Mais il pourrait réduire à néant un petit pays, selon lui. Les médias russes affirment, eux, que « Satan 2 » est capable de détruire un territoire de la taille du Texas ou… de la France.
Ce missile est-il déjà opérationnel ?Non. Il devait être déployé en 2020 mais le projet a pris du retard. La guerre en Ukraine semble toutefois avoir accéléré le processus de développement. Le tout premier tir d'essai du Sarmat a ainsi été effectué ce mercredi, avec succès. Le missile a parcouru plus de 5.000 kilomètres entre l'aire de lancement de Plessetsk, dans la région d'Arkhangelsk (nord-ouest), et le site militaire de Koura, sur la péninsule russe du Kamtchatka, en Extrême-Orient. D'autres essais devraient avoir lieu dans le courant de l'année.
Ce n'est qu'après la fin de ce programme d'essais que le Sarmat entrera dans les forces stratégiques russes, a déclaré mercredi le porte-parole du ministère de la Défense, Igor Konachenkov. D'après l'agence russe Tass , cela pourrait intervenir dès la fin de cette année 2022.
Quels sont les objectifs de Vladimir Poutine pour le missile Sarmat ?Ce puissant missile fait partie d'une série d'autres armes présentées comme « invincibles » par Vladimir Poutine. A l'image des missiles hypersoniques Avangard ou Kinjal, ce dernier ayant été utilisé pour la première fois en mars dernier contre des cibles en Ukraine. Le président russe s'est lancé ces dernières années dans une politique de modernisation de son arsenal militaire. Première puissance nucléaire du monde, la Russie est aujourd'hui à la pointe des dernières technologies balistiques et hypersoniques .
A ce stade, et comme pour tout arsenal nucléaire, cela reste de la dissuasion. Mais en saluant le succès du tir d'essai de Sarmat mercredi, Vladimir Poutine a adressé une mise en garde aux Occidentaux : « c'est véritablement une arme unique qui va renforcer le potentiel militaire de nos forces armées, qui assurera la sécurité de la Russie face aux menaces extérieures et qui fera réfléchir à deux fois ceux qui essayent de menacer notre pays avec une rhétorique déchaînée et agressive ».
Qu'en pensent les Occidentaux ?En ce qui concerne le tir d'essai de Sarmat, les Etats-Unis ont minimisé l'événement. D'après le Pentagone, il s'agissait d'un essai de « routine » qui ne constituait « pas une menace » pour les Etats-Unis ni leurs alliés. Moscou avait « convenablement informé » Washington de la réalisation de ce test, conformément à ses obligations relevant des traités sur le nucléaire, et il ne s'agissait donc pas d'une « surprise » pour le ministère américain de la Défense, a ajouté son porte-parole John Kirby.
L'inquiétude face à cette escalade en matière d'armement russe est néanmoins réelle dans le camp occidental. Surtout depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine . « Les investissements massifs et soutenus de la Russie dans la modernisation de son arsenal nucléaire questionnent le concept de stabilité stratégique », écrivait Pavel Baev, professeur à l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo et chercheur associé à l'Ifri, dans une note publiée en 2019. « La volonté de Moscou d'exploiter à des fins politiques ses avantages réels et supposés en matière de capacités nucléaires représente une menace sérieuse pour ses voisins européens », prévenait-il.
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