Au 40e jour de la guerre en Ukraine, la découverte de dizaines de corps de civils dans la région de Kiev après le départ des troupes russes a suscité l'indignation de Kiev et de ses alliés occidentaux. Le président ukrainien a fustigé des "meurtriers, tortionnaires, violeurs, pilleurs" après le massacre mis au jour à Boutcha, près de Kiev. Cette macabre découverte devrait entraîner de nouvelles sanctions occidentales contre Moscou.
L'essentielLe président ukrainien Volodymyr Zelensky a la Russie de commettre un "génocide" en Ukraine pour éliminer "toute la nation", après la découverte de nombreux corps à Boutcha, ville au nord-ouest de Kiev, à la suite du départ des forces russes. "Je veux que tous les dirigeants de la Fédération de Russie voient comment leurs ordres sont exécutés. Ce genre d'ordres (...). Et ils ont une responsabilité commune. Pour ces meurtres, pour ces tortures, pour les bras arrachés par des explosifs (...) Pour les balles tirées dans la nuque", a déclaré le président ukrainien, ajoutant qu'un "mécanisme spécial" allait être créé pour enquêter sur tous les "crimes" russes.
Dimanche, la procureur générale d'Ukraine Iryna Venediktova a annoncé la découverte des corps de 410 civils dans les territoires de la région de Kiev récemment repris aux troupes russes. Le maire de Boutcha, Anatoli Fedorouk, a affirmé que 280 personnes ont été enterrées dans des fosses communes car elle ne pouvaient être inhumées dans les cimetières communaux, tous à portée des tirs russes pendant les combats. Le porte-parole du président ukrainien, Serguiï Nikiforovil, a pour sa part déclaré : "Nous avons trouvé des fosses communes. Nous avons trouvé des gens avec les mains et les jambes ligotées (...) avec des impacts de balles à l'arrière de la tête", et il s'agissait "clairement de civils".
Volodymyr Zelensky, qui a aussi parlé de "génocide", est apparu à la cérémonie des Grammy Awards dans la nuit de dimanche à lundi via une vidéo enregistrée, où il a demandé le soutien à son pays et lancé : "Qu'est-ce qui est l'exact opposé de la musique ? La silence des villes en ruines et des gens tués".
Une vidéo enregistrée de Volodymyr Zelensky a été diff usée pendant la cérémonie des Grammy Awards dans la nuit de dimanche à lundi © AFP - VALERIE MACON Moscou dément et veut saisir le Conseil de sécurité de l'ONU De son côté, le Kremlin a démenti toute exaction de son fait. "Pendant la période au cours de laquelle cette localité était sous le contrôle des forces armées russes, pas un seul résident local n'a souffert d'actions violentes", a déclaré le ministère russe de la Défense, affirmant que les images de cadavres étaient "une nouvelle production du régime de Kiev pour les médias occidentaux". La Russie a même demandé une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU pour statuer sur les "provocations haineuses" commises selon elle par "des radicaux ukrainiens" à Boutcha.
Bombardements russes dans l'Est le SudA Odessa dans le sud, principal port ukrainien qui offre l'accès à la mer Noire, une série d'explosions ont été entendues ce dimanche matin, provoquant au moins trois colonnes de fumée noire et des flammes visibles, apparemment dans une zone industrielle. "Odessa a été attaquée depuis les airs. Des incendies ont été signalés dans certaines zones. Une partie des missiles a été abattue par la défense aérienne", a écrit Anton Guerachtchenko, conseiller du ministre de l'Intérieur ukrainien, sur son compte Telegram.
Une personne a été tuée et 14 blessées dans une frappe russe à Mykolaïv dans le sud de l'Ukraine, a également annoncé le gouverneur de la région Vitaliy Kim.
Les forces armées russes ont par ailleurs bombardé Kharkiv, la deuxième ville d'Ukraine, située dans le Nord-Est, tuant et blessant des civils, a déclaré le gouverneur de la région : "Malheureusement, il y a des morts et des blessés dans la population civile. À ce stade, il y a 23 victimes, dont des enfants. Les chiffres sont en train d'être précisés."
Les efforts des troupes russes pour consolider leurs positions dans le Sud et l'Est de l'Ukraine se sont heurtés jusqu'ici à la résistance des Ukrainiens à Marioupol, où quelque 160.000 personnes seraient toujours bloquées et dont au moins 5.000 habitants ont été tués, selon les autorités locales. Pour Moscou, contrôler Marioupol permettrait d'assurer une continuité territoriale de la Crimée jusqu'aux deux républiques séparatistes prorusses du Donbass, Donetsk et Lougansk.
Ukraine : positions et mouvements des troupes russes, le point de situation au 2 avril 2022 à 19h30 © Visactu - ©Visactu La situation diplomatique et les réactions internationales Après les "atrocités" commises à Boutcha, indignation des Occidentaux Les images de dizaines de cadavres dans des fosses communes ou jonchant les rues des environs de la capitale ukrainienne ce week-end, à la suite du retrait russe, ont révulsé les Occidentaux, comme le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, parlant d'un "coup de poing à l'estomac".
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres s'est dit "profondément choqué par les images de civils tués à Boutcha", et le bureau des droits de l'Homme des Nations unis a évoqué de "possibles crimes de guerre". Le nombre total de morts reste encore incertain.
Invité de France Inter dans le cadre de la campagne électorale, Emmanuel Macron s'est déclaré favorable à de nouvelles sanctions contre la Russie. "Il y a des indices aujourd'hui très clairs de crimes de guerre", affirmé le président de la République. "La justice internationale doit passer, il n'y aura pas de paix sans justice".
Les Etats baltes cessent leurs importations de gaz russeLes Etats baltes ont annoncé la cessation de leur importation de gaz russe, et le président lituanien Gitanas Nauseda, a appelé le reste de l'UE à les suivre. Les pays baltes sont désormais desservis par des réserves de gaz stockées sous terre en Lettonie. Selon Eurostat, en 2020, la Russie comptait pour 93% des importations estoniennes de gaz naturel, 100% des importations lettones et 41,8% des importations lituaniennes.
Les Etats-Unis ont interdit l'importation de pétrole et de gaz russes peu après l'invasion de l'Ukraine, mais pas l'UE qui s'approvisionnait en Russie à hauteur de 40% environ en 2021. L'annonce jeudi par Moscou d'obliger les acheteurs de pays "inamicaux" à payer le gaz russe en roubles depuis des comptes en Russie pourrait avoir changé la donne. L'Allemagne, comme les autres pays de l'UE, refuse tout versement en roubles à Moscou, mais, particulièrement dépendante du gaz russe, elle a indiqué vendredi vouloir analyser les conséquences concrètes de ce décret du Kremlin.
Des négociations qui patinentQuel sera l'impact de Boutcha cette semaine sur les pourparlers russo-ukrainiens, déjà difficiles ? Les déclarations dominicales côté russe dégageaient une lueur : le négociateur en chef russe, Vladimir Medinski, a salué une position "plus réaliste" selon lui de Kiev, prêt sous conditions à accepter un statut neutre du pays, réclamé par Moscou, et Dmitri Peskov a dit à propos d'un sommet Poutine-Zelensky que, "hypothétiquement, une telle rencontre est possible". Le porte-parole du Kremlin a aussi souligné que les deux délégations doivent d'abord élaborer un accord "concret" censé normaliser les relations entre les deux pays, "non pas un nombre d'idées, mais un document écrit concret".
Le négociateur en chef ukrainien, David Arakhamia, avait affirmé samedi que Moscou avait accepté "oralement" toutes les positions ukrainiennes, "sauf en ce qui concerne la question de la Crimée".
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