Marioupol est détruite à 95%, sur le point de tomber aux mains de l'armée russe. L'Ukraine a alors appelé mercredi à la tenue de négociations avec la Russie sur le sort de la ville assiégée, au moment où Moscou faisait une démonstration de force en testant un nouveau missile intercontinental pouvant emporter des charges nucléaires.
Mykhaïlo Podolyak, conseiller de la présidence ukrainienne et un des négociateurs avec la Russie, a proposé à la Russie une « session spéciale de négociations » à Marioupol, ville portuaire sur la mer d'Azov assiégée. « Nous sommes prêts à tenir une 'session spéciale de négociations' à Marioupol. Pour sauver nos gars, (le bataillon) Azov, les soldats, les civils, les enfants, les vivants et les blessés. Tout le monde », a-t-il écrit sur son compte Twitter.
La situation à Marioupol, dont la chute semble imminente, est terrible pour ses défenseurs et civils. Le ministère ukrainien de la Défense a souligné que l'armée russe « concentrait l'essentiel de ses efforts sur la prise de Marioupol et poursuivait ses tentatives d'assaut près de l'aciérie Azovstal », dernier îlot de résistance de ce port situé sur la mer d'Azov, à l'extrémité sud du Donbass.
Situation tragiqueSviatoslav Palamar, commandant adjoint du bataillon Azov, une des deux formations ukrainiennes qui résistent encore à Marioupol, a souligné dans un message sur Telegram que la situation était « critique » dans l'usine pilonnée par l'aviation russe avec « des bombes super puissantes ».
Le couloir humanitaire, qui avait en principe été négocié pour permettre mercredi l'évacuation des civils de Marioupol, « n'a pas fonctionné », a déclaré dans la soirée la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk, en accusant les Russes d'avoir violé le cessez-le-feu et bloqué les cars. A Moscou Mikhaïl Mizintsev, un haut responsable du ministère russe de la Défense, a pour sa part accusé « les autorités de Kiev d'avoir cyniquement sabordé cette opération humanitaire », assurant que « personne n'a utilisé le couloir indiqué ».
En visite à Kiev où il a rencontré le président Volodymyr Zelensky, le président du Conseil européen Charles Michel a assuré que l'UE fera « tout son possible pour vous soutenir et pour faire en sorte que l'Ukraine gagne la guerre ». Il a notamment promis que des sanctions cibleraient bientôt les exportations russes de pétrole et de gaz, comme le réclame le chef d'Etat ukrainien. Le président russe Vladimir Poutine « ne réussira ni à détruire la souveraineté de l'Ukraine, ni à diviser l'Union européenne », a-t-il ajouté.
Volodymyr Zelensky, a pour sa part évoqué la situation tragique à Marioupol, où les derniers militaires ukrainiens retranchés l'usine Azovstal, ont avec eux « des centaines de blessés » et « environ un millier de civils, femmes et enfants », qu'ils « protègent au prix de leur vie ». La Russie, qui a lancé plusieurs ultimatums aux défenseurs de Marioupol, est déterminée à prendre ce port qui lui permettrait de faire la jonction entre la Crimée, qu'elle a annexée en 2014, et les républiques séparatistes du Donbass.
« Tentatives d'assaut » dans le DonbassAu-delà de Marioupol, les combats semblaient s'intensifier tant dans l'est que dans le sud de l'Ukraine. Le ministère ukrainien de la Défense a fait état mercredi matin de « tentatives d'assaut » sur les localités de Soulyguivka et Dibrivné, dans la région de Kharkiv (est), ainsi que sur Roubijné et Severodonetsk, dans la région de Lougansk (est). « La situation se complique d'heure en heure », a écrit sur Telegram le gouverneur de Lougansk, Serguiï Gaïdaï, renouvelant ses appels aux civils à évacuer. « Mettez-vous en sécurité (...). Partez! », a-t-il écrit.
Alors que la guerre semblait encore lointaine la semaine dernière, désormais avec les frappes russes « les maisons tremblent et c'est beaucoup plus fréquent », a dit Vitaly Dovbnia, précisant avoir une valise prête dans le coffre de sa voiture. Selon un haut responsable américain du département de la Défense, la Russie a augmenté sa présence militaire dans l'est et le sud de l'Ukraine.
Négociations au point mortL'appel mardi du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres à une trêve « humanitaire » de quatre jours pour les fêtes orthodoxes de Pâques - renouvelé mercredi par le coordinateur de l'ONU en Ukraine Amin Awad - semblait en revanche avoir peu de chances d'être entendu. D'autant que les négociations russo-ukrainiennes, censées continuer en ligne depuis la dernière séance physique à Istanbul fin mars, semblent au point mort.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé mercredi que les Ukrainiens « ne cessent de se retirer de ce sur quoi il y avait des ententes ». « La balle est dans leur camp », après que Moscou leur a remis « un projet de document », a-t-il ajouté sans préciser le contenu de ce texte.
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