Au 39e jour de la guerre en Ukraine, un haut responsable de l'Onu est attendu à Moscou ce dimanche pour tenter d'obtenir un "cessez-le-feu humanitaire". Dans la région de Kiev, libérée ces derniers jours par les forces russes, de possibles exactions sur des civils ont été rapportées et les destructions sont impressionnantes. Au Sud de l'Ukraine, où la Russie concentre désormais ses efforts militaires, des explosions ont été entendues dans le port stratégique d'Odessa qui offre l'accès à la mer Noire.
L'essentielLes forces russes se retirent de villes-clés situées près de la capitale et de Tcherniguiv, dans le nord de l'Ukraine, pour se redéployer vers l'Est et le Sud dans le but de "garder le contrôle" des territoires qu'elles y occupent déjà, selon les informations de l'Ukraine. Plus d'un mois après le lancement de l'invasion russe, les localités d'"Irpin, Boutcha, Gostomel et toute la région de Kiev ont été libérées de l'envahisseur", a affirmé ce samedi la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Ganna Maliar. Mais les Russes, en se repliant "d'eux-mêmes" ou après des combats, laissent derrière eux "un désastre total et de nombreux dangers", a dénoncé le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, sur Facebook. "Les bombardements peuvent se poursuivre", a-t-il mis en garde, accusant aussi les militaires russes de "miner les territoires qu'ils quittent, des maisons, des munitions et même des cadavres".
Cadavres et destructions au retrait des RussesA Boutcha, une ville proche de Kiev, les corps d'une vingtaine d'hommes, dont l'un présente une large blessure à la tête, gisent dans une rue, éparpillés sur plusieurs centaines de mètres, a constaté un journaliste de l'AFP. "Toutes ces personnes ont été abattues, tuées d'une balle à l'arrière de la tête", a assuré Anatoly Fedorouk, le maire de cette ville que les soldats ukrainiens ont repris aux russes, et où près de 300 personnes ont été enterrées "dans des fosses communes".
La ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss s'est dite, sur Twitter, "horrifiée par les atrocités à Boutcha et d'autres villes". Boutcha et la ville voisine d'Irpin, rendues méconnaissables par les bombardements, ont été le théâtre de certains des combats les plus féroces depuis que la Russie a attaqué l'Ukraine le 24 février, quand les soldats russes tentaient alors d'encercler Kiev. Toujours près de la capitale,le corps d'un photographe ukrainien chevronné, Maks Levine, a été retrouvé tué par balle après le retrait de troupes russes, ont annoncé samedi les autorités ukrainiennes. Pour le parquet ukrainien, il a été victime de tirs de soldats russes.
Des explosions entendues à OdessaA Odessa, principal port ukrainien, qui offre l'accès à la mer Noire dans le Sud-Ouest, une série d'explosions ont été entendues ce dimanche matin, provoquant au moins trois colonnes de fumée noire et des flammes visibles, apparemment dans une zone industrielle. "Odessa a été attaquée depuis les airs. Des incendies ont été signalés dans certaines zones. Une partie des missiles a été abattue par la défense aérienne. Il est recommandé de fermer les fenêtres", a écrit Anton Guerachtchenko, conseiller du ministre de l'Intérieur ukrainien, sur son compte Telegram.
Les efforts des troupes russes pour consolider leurs positions dans le Sud et l'Est de l'Ukraine se sont heurtés jusqu'ici à la résistance des Ukrainiens à Marioupol, où quelque 160.000 personnes seraient toujours bloquées et dont au moins 5.000 habitants ont été tués, selon les autorités locales. Pour Moscou, contrôler Marioupol permettrait d'assurer une continuité territoriale de la Crimée jusqu'aux deux républiques séparatistes prorusses du Donbass, Donetsk et Lougansk.
Les forces russes continuent par ailleurs "de bloquer partiellement la ville de Kharkiv", la deuxième ville d'Ukraine, située dans l'Est, où des zones industrielles et résidentielles sont la cible de tirs d'artillerie, selon l'état-major de l'armée ukrainienne, qui note toutefois une diminution de leur intensité.
Ukraine : positions et mouvements des troupes russes, le point de situation au 2 avril 2022 à 19h30 © Visactu - ©Visactu La situation diplomatique et les réactions internationales Un représentant onusien à Moscou avant Kiev Alors que la guerre a fait, a minima, des milliers de morts et contraint à l'exil plus de 4,1 millions d'Ukrainiens, un dirigeant onusien se rend à Moscou ce dimanche afin d'essayer d'obtenir un "cessez-le-feu humanitaire". Jusqu'à présent, la Russie refusait toute visite d'un haut responsable de l'Onu ayant l'Ukraine pour sujet principal. Le secrétaire général adjoint pour les Affaires humanitaires, le Britannique Martin Griffiths, "sera à Moscou dimanche et après il ira à Kiev", a annoncé le secrétaire général de l'Onu Antonio Guterres, en rappelant qu'il lui avait donné pour mission de "rechercher un cessez-le-feu humanitaire en Ukraine".
A Odessa, c'est le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Dendias, qui est attendu dans la grand port ukrainien sur la Mer Noire bombardé dimanche matin par les forces russes. "Le ministre arrivera très bientôt à Odessa. Il apporte de l'aide humanitaire, qui sera remise aux autorités de la ville", et compte discuter avec eux de "la création d'un mécanisme permanent de distribution d'aide humanitaire". M. Dendias rencontrera également des membres de la communauté grecque de cette ville du sud-ouest de l'Ukraine et compte y rouvrir le consulat grec.
Des négociations qui patinentParallèlement, le négociateur en chef ukrainien dans les pourparlers de paix avec la Russie, David Arakhamia, a affirmé samedi que Moscou avait accepté "oralement" les principales propositions ukrainiennes, à l'exception de celles concernant la Crimée, ajoutant que Kiev attendait une confirmation écrite. S'exprimant dans une émission télévisée, il a laissé entendre que les discussions visant à mettre fin aux hostilités avaient considérablement avancé.
Des déclarations tempérées par le négociateur en chef russe dans les pourparlers de paix avec l'Ukraine, Vladimir Medinski, qui a toutefois fait l'éloge d'une position "plus réaliste" de Kiev prêt, sous conditions, à accepter un statut neutre du pays, réclamé par Moscou. "La partie ukrainienne a adopté une approche plus réaliste des questions liées au statut neutre et dénucléarisé de l'Ukraine", a écrit M. Medinski sur la messagerie Telegram, tout en précisant qu'un projet d'accord approprié n'était pas encore prêt à être soumis aux présidents des deux pays.
"Les experts diplomatiques et militaires ukrainiens ont beaucoup de retard pour confirmer même les accords déjà obtenus au niveau politique", a-t-il affirmé. Moscou doit répondre à une série de propositions ukrainiennes en vue d'un accord. Kiev propose la neutralité de l'Ukraine et de renoncer à adhérer à l'Otan, à condition que sa sécurité soit garantie par d'autres pays face à la Russie. Elle propose aussi des négociations pour résoudre le statut du Donbass ukrainien et de la Crimée.
Les évacuations se poursuivent au compte-goutte depuis MarioupolImpossibles pendant des semaines, des évacuations ont commencé à petite échelle, ce samedi, quelque "1.263 personnes" ont voyagé de Marioupol et Berdiansk à Zaporojie par leurs propres moyens, et une dizaine de bus en convoi sont partis de Berdiansk, avec à leur bord 300 habitants de Marioupol, a annoncé en soirée la vice-Première ministre Iryna Verechtchouk sur Telegram. D'autres évacuations ont eu lieu dans l'Est du pays.
Fin du gaz russe chez les BaltesPression supplémentaire sur Moscou, les Etats baltes ont cessé d'importer du gaz naturel russe qui "n'est plus acheminé vers la Lettonie, l'Estonie et la Lituanie depuis le 1er avril", a indiqué samedi le dirigeant de l'entreprise de stockage lettone Conexus Baltic Grid. Les pays baltes sont désormais desservis par des réserves de gaz stockées sous terre en Lettonie. "A partir de ce mois-ci, plus de gaz russe en Lituanie", a tweeté le président lituanien Gitanas Nauseda, en appelant le reste de l'Union européenne à suivre l'exemple balte. Selon Eurostat, en 2020, la Russie comptait pour 93% des importations estoniennes de gaz naturel, 100% des importations lettones et 41,8% des importations lituaniennes. Les Etats-Unis ont interdit l'importation de pétrole et de gaz russes après l'invasion de l'Ukraine, mais pas l'UE qui s'approvisionnait en Russie à hauteur de 40% environ en 2021.
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