Guerre en Ukraine : le «contrôle total» du Donbass et du Sud dans le viseur russe, Marioupol... le point au 58e jour des combats


La bataille pour la prise de Marioupol est aussi une bataille de communication. Alors que le président russe revendique la victoire dans la ville portuaire, Joe Biden attend des preuves de la chute de la ville quand son maire adjoint estime que les Russes ne pourront pas tenir « plus de 50 jours ». À Boutcha, l'enquête de l'ONU sur les accusations de crimes de guerre sur des civils se poursuit. Selon une porte-parole du Haut-commissariat des droits de l'homme à Genève l'organisation a « documenté le meurtre, y compris par exécution sommaire, de quelque 50 civils sur place ».

Moscou espère que son offensive lui permettra de contrôler totalement les régions du Donbass à l'est ainsi que le sud du pays. Le président américain a par ailleurs promis une nouvelle aide militaire à Kiev. Le point sur les derniers événements en Ukraine.

Poutine crie victoire à Marioupol, les irréductibles résistent

Le président russe Vladimir Poutine a jugé jeudi que ses forces avaient pris le contrôle de la ville ukrainienne de Marioupol, un port stratégique de la mer d'Azov, ordonnant d'assiéger les derniers combattants ukrainiens plutôt que de donner l'assaut sur le site industriel Azovstal où ils sont retranchés. Du côté de Kiev, le président Volodymyr Zelensky soutient que des milliers de combattants ukrainiens continuent à se battre avec acharnement pour défendre l'immense complexe métallurgique. En plus de quelque 2 000 militaires ukrainiens, « environ mille civils, femmes et enfants » et « des centaines de blessés » sont aussi réfugiés dans cette usine, selon le chef d'Etat.

Les combattants ukrainiens à Marioupol refusent de se rendre et réclament de la communauté internationale des « garanties de sécurité ». « Il n'y a pas un seul bâtiment non endommagé à Marioupol. Une ville littéralement brûlée », s'est indigné le président ukrainien dans un discours prononcé devant le parlement du Portugal jeudi. « Pendant plus d'un mois, les troupes russes ont assiégé Marioupol (…) Des centaines de milliers de civils étaient (coincés) là, sans nourriture, sans eau, sans médicaments. Sous des bombardements constants », a-t-il relaté.

Joe Biden a jugé jeudi « contestable » que la Russie ait pris le contrôle de cette ville, estimant qu'il « n'y a encore aucune preuve que Marioupol soit complètement perdue ». Serguei Orlov, le maire adjoint de Marioupol, invité de RTL, estime d'ailleurs que les Russes « ne sont pas en mesure de tenir Marioupol plus de 50 jours ». « Il est vrai que la Russie a temporairement occupé la majeure partie de notre ville », mais l'armée ukrainienne contrôle encore sa « partie sud » et continue à la défendre, garantit-il.

La chute totale de Marioupol, un grand port industriel sur la mer d'Azov devenu ville-martyre et champ de ruines après bientôt deux mois de pilonnage et de siège russes, constituerait une victoire importante pour Moscou, qui cherche à créer un pont terrestre reliant la Crimée annexée en 2014 avec les zones séparatistes pro-russes dans la région du Donbass.

L'Est et le Sud dans le viseur de l'armée russe

La Russie vise le contrôle total du sud de l'Ukraine et de la région du Donbass pour disposer d'un pont terrestre vers la Crimée annexée par Moscou, a indiqué vendredi un général et haut responsable de l'armée russe.

« Depuis le début de la deuxième phase de l'opération spéciale, phase qui a commencé il y a deux jours, l'un des objectifs de l'armée russe est d'établir un contrôle total sur le Donbass et le sud de l'Ukraine. Cela permettra d'assurer un couloir terrestre vers la Crimée, ainsi que de peser sur des infrastructures vitales de l'économie ukrainienne », a déclaré le général Roustam Minnekaïev, commandant adjoint des forces du district militaire du Centre de la Russie, cité par les agences de presse russes.

Nouvelles aides militaires

Le président américain a par ailleurs annoncé jeudi une nouvelle aide militaire de 800 millions de dollars pour l'Ukraine. Cette enveloppe comprend « des armes d'artillerie lourde, des dizaines d'obusiers, 144 000 munitions ainsi que des drones », a-t-il souligné. Afin de continuer à fournir une assistance militaire à l'Ukraine, Joe Biden a dit qu'il allait demander des fonds en plus au Congrès. Washington a également l'intention d'apporter une aide économique supplémentaire de 500 millions de dollars pour maintenir le fonctionnement du gouvernement ukrainien.

L'Ukraine va recevoir « dans les prochains jours » des armes lourdes, dont des chars, de la part des partenaires est-européens pour l'aider à contrer l'offensive russe, a, en outre, déclaré jeudi la ministre allemande de la Défense. « Il s'agit de chars, de véhicules blindés ou d'autres possibilités (de matériel) que les pays peuvent céder » à l'Ukraine, a expliqué Christine Lambrecht.

Par ailleurs, des militaires ukrainiens sont actuellement formés au Royaume-Uni à l'utilisation des véhicules blindés que Londres va fournir à l'Ukraine, a indiqué le Premier ministre britannique Boris Johnson. Selon le porte-parole du dirigeant conservateur, « deux douzaines » de militaires ukrainiens se trouvent actuellement au Royaume-Uni dans ce cadre. « Nous agissons de concert avec nos alliés pour fournir de nouveaux types d'équipement pour lesquels les Ukrainiens n'ont peut-être pas d'expérience. Il est donc raisonnable qu'ils reçoivent la formation requise pour pouvoir en faire le meilleur usage », a-t-il poursuivi.

Lors d'une visite le 9 avril à Kiev, Boris Johnson s'était engagé à fournir à l'Ukraine 120 véhicules blindés et des nouveaux systèmes de missiles antinavires dans le cadre d'une aide militaire britannique comprenant aussi plus de 10 000 missiles antichars.

Pas de couloir humanitaire ce vendredi

Aucun couloir d'évacuation de civils ne pourra être organisé vendredi en Ukraine, a déclaré une responsable du gouvernement ukrainien, jugeant la situation trop « dangereuse » sur les routes. « En raison du danger menaçant nos itinéraires, il n'y aura pas de couloirs humanitaires aujourd'hui », a déclaré la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk sur Telegram. « Je m'adresse à tous ceux qui attendent pour être évacués : patientez, s'il vous plaît, tenez bon ! », a-t-elle exhorté dans son message.

Jeudi, trois bus transportant des personnes évacuées du port assiégé de Marioupol étaient arrivés à Zaporijjia, grande ville du sud-est. Des femmes et des enfants étaient dans ces bus, acheminés à travers des territoires sous contrôle russe à la faveur de l'ouverture d'un « couloir humanitaire » d'évacuation après plusieurs jours durant lesquels il avait été impossible de les emprunter en raison des combats.

Iryna Verechtchouk, présente à l'arrivée des bus, avait déclaré que le nombre de personnes évacuées était inférieur à celui espéré en raison de difficultés logistiques. « Seules 79 personnes ont pu arriver. Il n'y avait pas de couloir vert », a-t-elle déploré, ajoutant que « beaucoup de gens ont été volés par les Russes ».

Quatre bus d'évacuation de civils avaient réussi à quitter Marioupol jeudi matin mais on ne pouvait dire avec certitude que les bus arrivés dans l'après-midi faisaient partie de ce convoi – parcourir les 200 km entre le port assiégé et Zaporijjia peut parfois prendre plusieurs jours en raison des nombreux checkpoints. Kiev et Moscou s'accusent régulièrement de faire échouer ces évacuations depuis le début de l'invasion russe le 24 février.

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