Par SudOuest.fr avec AFPPublié le 09/04/2022 à 8h28
Plus de deux ans après le début de la pandémie de Covid-19, le virus ne semble plus être une préoccupation majeure pour les Français, alors que le nombre de contaminations quotidiennes reste élevé
Lassitude, fatigue, autres préoccupations⦠Les Français semblent désormais faire passer le Covid-19 au second plan, alors même que les contaminations restent soutenues, un phénomène d'« accoutumance au risque » après plus de deux ans de pandémie. « Ãa fait longtemps que je ne me teste plus, que je ne teste plus mes enfants, que je ne regarde plus les chiffres de contaminations »⦠Ãlodie (elle préfère ne pas donner son nom), entrepreneure en région parisienne, a le sentiment dâavoir « vécu un drôle de film », qui sâest terminé.
« Moi, jâai eu le Covid il y a 15 jours, jâai failli ne pas me faire tester tellement jâen avais ras le bol », témoigne Noémie Rollet, agente littéraire à Paris. « On va devoir apprendre à vivre avec, arrêter de se faire tester dès quâon a le nez qui coule ». Les Français sont nombreux à vouloir, comme elles, « passer à autre chose ».
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« Banalisation »Mi-mars, quand les autorités ont levé lâessentiel des dernières restrictions anti-Covid (fin du pass vaccinal et arrêt de lâobligation du port du masque), le Conseil scientifique a alerté sur les risques dâune « banalisation » de lâépidémie, qui nâest pas terminée. Elle a en effet repris depuis début mars, avec un rebond du nombre de contaminations (140 000 à 150 000 nouveaux cas enregistrés quotidiennement en moyenne), ce que les chercheurs expliquent, entre autres, par de moindres précautions de la part des Français.
« Il y a un mouvement de relâchement général, il ne faut pas se le cacher », a admis mi-mars le ministre de la Santé, Olivier Véran. Dès lâautomne 2020, lâOrganisation mondiale de la santé (OMS) sâinquiétait des risques de « fatigue pandémique ». Cette fatigue sâest « mise en place très vite », observe Jocelyn Raude, enseignant-chercheur en psychologie sociale.
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« Difficile de remobiliser »Aujourdâhui, « les interactions sociales sont quasiment revenues à la normale », souligne-t-il. « Ãa sâest fait progressivement et ça sâest amplifié sur les trois-quatre derniers mois, avec lâarrivée du Covid version Omicron, que beaucoup perçoivent - à tort â" comme un gros rhume ». Ce qui sâobserve globalement est « une accoutumance au risque », explique-t-il. Mais si les Français se sont habitués à vivre avec le virus, ce nâest pas sans conséquences : plusieurs enquêtes ont ainsi montré une « multiplication par deux, voire trois, des troubles dépressifs » depuis le début de la pandémie, souligne Xavier Briffault, chercheur au CNRS et spécialiste de la santé mentale.
« Si la situation actuelle en milieu hospitalier est aujourdâhui gérable, beaucoup dâincertitudes demeurent quant à lâévolution de lâépidémie et la baisse de lâimmunité conférée par les vaccins », souligne Mahmoud Zureik, professeur dâépidémiologie. « à partir du moment où on banalise les choses, il sera très difficile de remobiliser la population le moment venu, si nécessaire », prévient-il. « Tout le monde en a marre de ce virus, mais ce nâest pas pour cela que lâépidémie va subitement disparaître ».
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