l'essentiel Alors que de plus en plus de civils périssent sous les bombardements russes en Ukraine, l'idée de pendaisons publiques a été évoquée à la télévision russe. Des propos qui pourraient annoncer une escalade de violence sur le territoire ukrainien.
Le bombardement de l'hôpital pour enfants et de la maternité de Marioupol est devenu le symbole de la violence de la Russie envers les civils ukrainiens. Au total, depuis le début du conflit, au moins 2 100 d'entre eux ont perdu la vie dans les attaques russes. Des pertes qui ont un véritable impact psychologique sur les Ukrainiens.
Jusqu'où peut aller le Kremlin ? Va-t-il y avoir des exécutions publiques, comme évoqué ces derniers jours sur les chaînes de télévision pro russes ? Jean-Claude Allard, chercheur associé à l'IRIS, nous éclaire sur la stratégie militaire, et morale, de Vladimir Poutine.
"Une dynamique de vengeance"La question de possibles exécutions publiques se pose alors que des experts russes ont suggéré, sur un plateau de télévision national, de procéder à des pendaisons publiques en Ukraine.
Pundits on Russian state TV advocate implementing public hangings in Ukraine once Russia's dominance is established. If you speak Russian, here is one example (watch). Other pundits later agreed, one of them noting that DPR/LPR constitution conveniently permits the death penalty. pic.twitter.com/zCe3PfFhVM
— Julia Davis (@JuliaDavisNews) March 13, 2022"Rien n'est impossible dans un théâtre de guerre. Ces propos sont condamnables et exagérés même s'il ne faut pas oublier que Vladimir Poutine a établi une liste de personnes qualifiées de criminels de guerre", constate Jean-Claude Allard. Cette liste fait suite à l'incendie d'Odessa en 2014, où quarante-deux militants pros russes avaient perdu la vie dans des circonstances obscures. Pour rappel, lors d'affrontements contre des pros ukrainiens, ces manifestants s'étaient retranchés dans la maison des syndicats et s'étaient retrouvés piégés à l'intérieur du bâtiment en flammes. "Les Russes sont dans une dynamique de revanche et sous certains aspects, de vengeance. Il peut ne pas y avoir de limite", prévient le chercheur.
Pour Jean-Claude Allard, la psychologie individuelle peut faire craindre des actes isolés. "À force de voir des chars qui explosent, des bombardements, des camarades mourir, on peut passer au-delà de ce que l'être humain peut supporter. Cela dépend de chaque individu mais une personne peut perdre tout sens moral et en entraîner trois ou quatre autres avec lui dans des actes d'une grande violence qu'il ne peut plus contenir", explique Jean-Claude Allard.
"À ce stade, on ne peut pas parler de politique de la terreur"À la suite des récents évènements tragiques engendrés par la guerre en Ukraine, on peut se demander si Vladimir Poutine s'apprête à mener une politique de la terreur. "Dès lors que des civils sont pris au piège, c'est en effet de la terreur mais il faut faire attention aux termes employés", conseille Jean-Claude Allard. La guerre en Ukraine a en effet "une dimension psychologique, comme dans tous les conflits. Essayer de faire peur, d'influencer, de tromper, d'induire en erreur l'adversaire relève de la stratégie", explique le chercheur.
Une stratégie déjà mise en place par Vladimir Poutine "pour galvaniser l'armée russe et les pros russes, en qualifiant le gouvernement ukrainien de 'nazis' et de 'drogués'. De l'autre côté, l'Ukraine contre-argumente. C'est une guerre psychologique", constate l'expert.
"À ce stade, on ne peut pas parler de politique de la terreur car aucune promotion d'actes de barbarie n'a été faite par les Russes", souligne Jean-Claude Allard. "Si on veut avoir un point de comparaison, on peut se référer à la politique de la terreur menée par l'Etat islamique lorsqu'ils relayaient des décapitations sur les réseaux sociaux, là on pouvait utiliser ce terme", avertit le chercheur.
En parallèle, cette politique ne s'avérerait pas avantageuse pour le Kremlin. "Je ne vois pas ce que cela pourrait apporter à la Russie. Dans l'idéal, pour l'armée russe, il faudrait faire peur aux forces ukrainiennes et gagner à soi la population. Vladimir Poutine n'a aucun intérêt à posséder un pays vidé de ses citoyens", explique le spécialiste. Cependant, dans ce contexte particulièrement violent, le statut des civils Ukrainiens semble évoluer. "Tous les Ukrainiens sur place s'apprêtent à se défendre. La population civile est donc considérée comme combattante", concède le chercheur.
0 Comments